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Rapatrier ses dividendes du Maroc : le régime de l'Office des changes

Rapatrier des dividendes versés par une société marocaine à un actionnaire étranger n'exige pas d'autorisation préalable de l'Office des changes, mais obéit à des conditions précises. Ce qui décide si la banque exécute le virement sans difficulté, c'est la façon dont l'investissement a été financé à l'origine, et le dossier réuni avant la distribution.

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Rapatrier des dividendes : une question de régime, pas d'autorisation à demander

Rapatrier des dividendes du Maroc consiste à transférer vers l'étranger les sommes qu'une société de droit marocain distribue à un associé étranger ou non-résident. L'opération ne suppose, dans la généralité des cas, aucune autorisation de l'Office des changes demandée au cas par cas : c'est la banque domiciliataire de l'investissement qui exécute elle-même le virement, dès que les conditions du régime de la convertibilité sont réunies.

Ce régime, fixé par l'Instruction générale des opérations de change (IGOC) dont la dernière édition est entrée en vigueur le 1er janvier 2026, couvre les personnes morales étrangères, les personnes physiques de nationalité étrangère résidentes ou non résidentes, et les Marocains résidant à l'étranger. Il s'applique à l'investissement qu'ils détiennent dans une société marocaine, dès que cet investissement a été financé en devises convertibles entrées au Maroc par le circuit bancaire.

C'est cette seconde condition, et non une démarche administrative à accomplir au moment de la distribution, qui décide de tout. Un investissement correctement documenté à l'entrée se dénoue ensuite sans blocage ; un investissement financé en dirhams, ou dont les justificatifs de devises ont été perdus, ne bénéficie pas automatiquement de la même garantie.

Ce que couvre la garantie de transfert

L'article 171 de l'IGOC place ces catégories sous le même principe : transfert par la banque, sans autorisation préalable au cas par cas, dès que l'investissement a été financé en devises.

Revenu concernéBénéficiaire viséCondition
Dividendes et parts de bénéfices distribués par une société de droit marocainPersonne morale étrangère, personne physique étrangère résidente ou non résidente, Marocain résidant à l'étrangerInvestissement financé en devises convertibles entrées au Maroc par le circuit bancaire
Bénéfices des succursales et établissements marocains de sociétés étrangèresMaison mère étrangèreMême condition de financement en devises
Remboursement du principal et des intérêts des comptes courants d'associés et prêts assimilésAssocié étranger prêteurAvance ou prêt consenti en devises
Produit de la cession ou de la liquidation de l'investissementInvestisseur étranger cédantInvestissement initial financé en devises

Le dossier que la banque réunit avant d'exécuter le virement

Pour un transfert de dividendes vers un actionnaire étranger ou non-résident, la banque domiciliataire demande en pratique les pièces suivantes.

  1. Le procès-verbal de l'assemblée

    Le procès-verbal de l'assemblée générale ordinaire qui a statué sur l'affectation du résultat de l'exercice et décidé la distribution de dividendes.

  2. Le bilan et le compte de produits et charges visés par l'administration fiscale

    Les états financiers de l'exercice dont le résultat est distribué, visés par les services fiscaux, qui permettent à la banque de vérifier que le résultat distribué existe réellement.

  3. La preuve du paiement de l'impôt dû sur la distribution

    Le justificatif que l'impôt sur les sociétés de l'exercice concerné et, le cas échéant, la retenue à la source applicable à la distribution ont été acquittés auprès de la DGI.

  4. La preuve que l'investissement a été financé en devises

    L'attestation de cession de devises obtenue lors de l'apport initial au capital, ou tout document équivalent délivré par la banque à l'époque, qui rattache la distribution à un investissement éligible au régime de la convertibilité.

  5. Le formulaire bancaire de demande de transfert

    Le formulaire propre à la banque, daté et signé, qui identifie l'opération comme un transfert de revenu d'investissement étranger plutôt que comme un paiement courant.

La fiscalité qui s'applique avant que l'argent ne sorte

Avant le transfert, la distribution supporte la retenue à la source applicable aux produits des actions, parts sociales et revenus assimilés versés à un bénéficiaire non résident. Cette retenue est en principe libératoire pour un bénéficiaire qui ne dispose pas d'établissement au Maroc : elle solde définitivement son imposition marocaine sur ce revenu. Son taux est fixé par le Code général des impôts et évolue au fil des lois de finances successives ; il doit donc être vérifié auprès de la Direction générale des impôts pour l'exercice de versement concerné plutôt que supposé constant d'une année sur l'autre.

Lorsque le Maroc a conclu une convention de non double imposition avec l'État de résidence du bénéficiaire, celle-ci peut prévoir un taux de retenue inférieur au taux de droit commun. Pour en bénéficier dès le versement, le bénéficiaire fournit à la société distributrice une attestation de résidence fiscale délivrée par l'administration fiscale de son pays, avant la mise en paiement des dividendes : c'est cette attestation, présentée à temps, qui permet à la société d'appliquer directement le taux conventionnel plutôt que le taux de droit commun.

La preuve du paiement de cette retenue fait partie, avec les états financiers visés, du dossier que la banque examine avant d'exécuter le transfert : un transfert de dividendes n'intervient normalement qu'une fois l'impôt dû sur la distribution réglé.

Quand l'investissement n'a pas été financé en devises

Un investissement financé en dirhams depuis un compte local, ou dont l'attestation de cession de devises a été perdue, ne bénéficie pas automatiquement de la garantie de transfert : la banque ne peut pas rattacher la distribution à un apport en devises identifiable, et le transfert cesse d'être une opération que l'établissement exécute de sa propre initiative.

L'édition 2026 de l'IGOC a toutefois introduit une facilité pour une catégorie précise : les étrangers résidents au Maroc qui détiennent un investissement depuis plus de dix ans et ne disposent pas des justificatifs de financement en devises peuvent transférer les revenus de cet investissement dans la limite de 2 000 000 de dirhams par année civile, sans avoir à produire ces justificatifs. Cette facilité vise spécifiquement les personnes physiques étrangères résidant au Maroc ; elle ne règle pas, en l'état des textes publiés, le cas d'une société étrangère non résidente dont l'investissement marocain aurait été financé hors circuit bancaire.

Hors de ce cas précis, une régularisation reste possible mais n'est pas automatique : elle s'instruit au cas par cas avec la banque et, selon la situation, avec l'Office des changes, sans délai ni issue garantis par un texte général. La meilleure prévention reste amont : conserver indéfiniment l'attestation de cession de devises de chaque apport, qu'il s'agisse de la constitution initiale ou d'une augmentation de capital ultérieure.

Les erreurs qui bloquent ensuite le virement

Elles se commettent presque toujours bien avant la distribution, parfois plusieurs années auparavant.

  • Distribuer un dividende avant que le bilan de l'exercice ne soit visé par l'administration fiscale
  • Perdre l'attestation de cession de devises reçue au moment du dépôt du capital, des années avant la première distribution
  • Attendre la décision de distribuer pour demander au bénéficiaire son attestation de résidence fiscale, alors qu'elle doit être produite avant la mise en paiement pour ouvrir droit au taux conventionnel
  • Financer une augmentation de capital ultérieure en dirhams, hors circuit bancaire, puis s'étonner que les dividendes qui s'y rattachent ne bénéficient pas de la même garantie que l'apport initial en devises
  • Confondre le remboursement d'un compte courant d'associé avec une distribution de dividendes : ce sont deux opérations distinctes, avec des pièces différentes
  • Saisir la banque sans avoir réuni l'ensemble du dossier, ce qui rallonge les délais plutôt que d'accélérer le transfert

Questions fréquentes

Faut-il une autorisation de l'Office des changes pour rapatrier des dividendes ?

Non, dans la généralité des cas. Dès que l'investissement a été financé en devises convertibles entrées au Maroc par le circuit bancaire, c'est la banque domiciliataire qui exécute le transfert, sans autorisation préalable au cas par cas de l'Office des changes. L'autorisation au cas par cas ne redevient nécessaire que lorsque cette condition de financement en devises n'est pas remplie.

Quels documents la banque demande-t-elle pour transférer des dividendes vers l'étranger ?

Le procès-verbal de l'assemblée qui a décidé la distribution, le bilan et le compte de produits et charges visés par l'administration fiscale, la preuve du paiement de l'impôt dû sur la distribution, la preuve que l'investissement initial a été financé en devises, et le formulaire bancaire de demande de transfert.

Quelle retenue à la source s'applique sur les dividendes versés à un actionnaire non résident ?

Une retenue à la source, en principe libératoire pour un bénéficiaire sans établissement au Maroc, s'applique aux dividendes versés à un non-résident. Son taux est fixé par le Code général des impôts et évolue avec les lois de finances successives, ce qui impose de le vérifier pour l'exercice de versement concerné. Une convention fiscale entre le Maroc et l'État de résidence du bénéficiaire peut prévoir un taux réduit, sur présentation d'une attestation de résidence fiscale avant la mise en paiement.

Que se passe-t-il si l'investissement n'a pas été financé en devises ?

La garantie de transfert ne s'applique pas automatiquement. Depuis l'édition 2026 de l'Instruction générale des opérations de change, les étrangers résidents au Maroc détenant un investissement depuis plus de dix ans et sans justificatif de financement en devises peuvent transférer les revenus de cet investissement jusqu'à 2 000 000 de dirhams par année civile. En dehors de ce cas, une régularisation s'instruit au cas par cas avec la banque, sans délai ni issue garantis.

Qui peut bénéficier de la garantie de transfert sur les dividendes ?

Les personnes morales étrangères, les personnes physiques de nationalité étrangère résidentes ou non résidentes au Maroc, et les Marocains résidant à l'étranger, pour l'investissement qu'ils détiennent dans une société de droit marocain financée en devises convertibles.

Sources