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La convention fiscale Maroc-France : résidence, retenues et dirigeant non-résident

Signée en 1970 et modifiée en 1989, la convention fiscale entre le Maroc et la France ne fixe pas un taux d'imposition global : elle répartit le droit de taxer chaque catégorie de revenu entre les deux États, et prévoit les plafonds de retenue à la source qui s'appliquent quand ce revenu franchit la frontière. Ce que cela change concrètement pour un actionnaire, un gérant non-résident ou une société qui verse des dividendes.

Mis à jour le

Une convention qui répartit le droit d'imposer, pas un barème unique

La convention fiscale Maroc-France est l'accord signé à Paris le 29 mai 1970 entre les deux gouvernements, assorti d'un protocole qui en fait partie intégrante, tendant à éliminer les doubles impositions et à établir des règles d'assistance mutuelle administrative en matière fiscale. Côté français, son approbation a été autorisée par la loi n° 71-369 du 19 mai 1971 et publiée par décret. Elle a ensuite été modifiée par un avenant signé à Rabat le 18 août 1989, approuvé par la loi française n° 90-353 du 20 avril 1990 et publié par le décret n° 90-1135 du 18 décembre 1990, entré en vigueur le 1er décembre 1990. Cet avenant a porté principalement sur le régime des dividendes, des intérêts et des rémunérations publiques.

Elle ne fixe pas un taux d'imposition global applicable aux revenus franco-marocains. Son objet est plus étroit et plus utile en pratique : déterminer, pour chaque catégorie de revenu, lequel des deux États a le droit de taxer, et dans quelle limite, lorsqu'une personne ou une société résidente d'un État perçoit un revenu de source située dans l'autre. Elle couvre les impôts sur le revenu des personnes physiques et sur les bénéfices des sociétés dans les deux pays ; elle ne couvre ni la TVA, ni les droits d'enregistrement, ni les impôts locaux.

Elle sert concrètement quatre situations récurrentes : l'actionnaire résident de l'un des deux pays qui perçoit des dividendes d'une société de l'autre, le prêteur qui perçoit des intérêts, le titulaire de droits qui perçoit des redevances, et le dirigeant qui réside dans un pays tout en exerçant une fonction, ou en détenant une participation, dans une société établie dans l'autre.

La résidence fiscale d'abord : la cascade de l'article 2

Avant toute question de taux, il faut savoir où la personne est fiscalement résidente au sens de la convention, car c'est cette résidence conventionnelle qui désigne l'État d'imposition de principe sur l'ensemble de ses revenus. L'article 2 de la convention pose la règle : une personne physique est domiciliée fiscalement dans l'État où elle a son foyer d'habitation permanent. Si elle dispose d'un tel foyer dans les deux États à la fois, elle est alors réputée domiciliée dans celui où se trouve le centre de ses activités professionnelles, et à défaut, dans celui où elle séjourne le plus souvent.

Cette cascade ne se substitue pas aux critères de résidence du droit interne marocain ou français, elle s'applique après eux, pour trancher le cas où les deux administrations revendiqueraient simultanément la même personne comme résidente. Un dirigeant qui partage son temps entre Casablanca et Paris, ou qui a conservé un logement dans les deux villes, doit donc appliquer les trois critères dans cet ordre précis avant de conclure, et non choisir celui qui lui est le plus favorable.

Les plafonds conventionnels sur les revenus passifs

Ces plafonds fixent le maximum que l'État de la source peut retenir ; ils ne garantissent pas que ce maximum soit effectivement appliqué, car le droit interne marocain peut déjà prévoir un taux inférieur, qui prime alors.

RevenuPlafond fixé par la conventionArticleCe qu'il faut vérifier avant d'appliquer ce taux
Dividendes15 % du montant brutArticle 13, tel que modifié par l'avenant du 18 août 1989La retenue marocaine de droit commun sur les dividendes a amorcé, depuis la loi de finances 2023, une baisse progressive qui l'a déjà fait descendre sous ce plafond de 15 %. Le critère retenu pour déterminer le taux applicable à une distribution donnée a lui-même été modifié par une loi de finances ultérieure, si bien que le taux exact en vigueur pour l'exercice de versement doit être vérifié auprès de la note circulaire de la DGI applicable à cet exercice plutôt que supposé constant. C'est ce taux interne, lorsqu'il est plus bas que le plafond conventionnel, qui s'applique en pratique.
Intérêts15 % sur les dépôts à terme et les bons de caisse, 10 % sur les autres intérêtsArticle 14Le taux de retenue de droit commun prévu par le Code général des impôts marocain pour l'exercice de versement doit être vérifié : s'il est inférieur au plafond conventionnel, c'est lui qui s'applique, selon le même principe que pour les dividendes.
Redevances5 % pour les droits d'auteur littéraires et artistiques, 10 % pour les brevets, marques et savoir-faireArticle 16La qualification exacte de la somme versée (cession de droits, concession de licence, assistance technique facturée séparément) conditionne le taux applicable et doit être examinée contrat par contrat.

Dividendes France vers Maroc : une exonération, pas seulement un plafond

Le cas des dividendes versés par une société française à un actionnaire résident du Maroc va plus loin qu'un simple plafond de 15 %. L'article 13 de la convention exonère ces dividendes de toute retenue à la source en France lorsque le bénéficiaire effectif en est résident marocain et que ces dividendes sont imposables au Maroc. Le Conseil d'État a précisé, dans une décision du 19 novembre 2014, que cette condition d'imposabilité au Maroc s'apprécie au regard de la loi fiscale marocaine elle-même, sans exiger que l'impôt marocain ait été effectivement acquitté : l'inclusion théorique du revenu dans l'assiette marocaine suffit.

Une décision plus récente de la cour administrative d'appel de Paris, rendue le 30 avril 2026, a toutefois resserré la façon de prouver cette condition : le formulaire 5000-FR, qui n'est qu'une attestation de résidence fiscale, ne suffit pas à lui seul à établir que les dividendes sont effectivement imposables au Maroc selon la législation marocaine. Pour une société ou un actionnaire qui prépare une distribution, la conséquence pratique est de réunir, en amont du versement, de quoi démontrer le régime fiscal marocain applicable à ce revenu précis, plutôt que de se contenter de l'attestation de résidence déposée auprès du payeur.

Le dirigeant non-résident : ce que change chaque casquette

Un même dirigeant perçoit souvent plusieurs types de revenus de la société qu'il dirige. La convention ne les traite pas de la même façon, et chacun répond à une question distincte.

  1. Fixer la résidence avant tout le reste

    Un gérant résident de France qui dirige une SARL marocaine, ou l'inverse, doit d'abord trancher sa résidence fiscale selon la cascade de l'article 2. C'est elle qui désigne l'État d'imposition de principe sur l'ensemble de ses revenus, pas seulement sur ceux versés par la société qu'il dirige.

  2. Les dividendes perçus en tant qu'actionnaire

    S'il détient des parts et perçoit des dividendes, ce revenu suit le régime de l'article 13 détaillé plus haut : plafond conventionnel de 15 %, taux interne marocain souvent inférieur, et exonération française spécifique lorsque le bénéficiaire est résident marocain.

  3. La rémunération liée au mandat social

    La rémunération perçue au titre de la gérance ou d'un mandat d'administrateur (tantièmes, jetons de présence) est une catégorie distincte des dividendes et du salaire versé au titre d'un contrat de travail séparé. Sa qualification précise, et l'article de la convention qui s'y applique dans ce cas d'espèce, doivent être vérifiés avec la nature exacte du mandat avant toute conclusion sur l'État qui impose.

  4. Une gestion exercée physiquement dans l'autre État

    Un dirigeant qui exerce effectivement et régulièrement son activité de gestion depuis l'État où il n'est pas résident prend le risque d'y être considéré comme disposant d'une installation fixe d'affaires, ce qui peut faire basculer une partie de ses revenus professionnels vers une imposition à la source dans cet État.

  5. Le crédit d'impôt dans l'État de résidence

    Lorsqu'un revenu de source marocaine reste imposable en France, ou inversement, l'État de résidence du dirigeant élimine la double imposition en imputant sur son impôt un crédit correspondant à l'impôt supporté dans l'autre État, selon des modalités propres à chaque catégorie de revenu qu'il faut vérifier dans le texte de la convention plutôt que supposer uniformes.

Les erreurs que nous rencontrons le plus souvent

Elles tiennent presque toutes à appliquer un taux ou une règle sans vérifier ce que prévoit, pour ce cas précis, le droit interne de l'État qui prélève à la source.

  • Appliquer le plafond conventionnel de 15 % sur des dividendes marocains sans vérifier le taux interne de l'exercice, alors que ce taux interne est aujourd'hui descendu plus bas
  • Considérer que l'attestation de résidence fiscale française (formulaire 5000) suffit seule à obtenir l'exonération sur des dividendes versés depuis la France à un résident marocain
  • Confondre les tantièmes ou jetons de présence perçus au titre d'un mandat social avec un dividende ou avec un salaire de contrat de travail
  • Trancher la résidence fiscale d'un dirigeant en choisissant le critère le plus favorable, au lieu d'appliquer les trois critères de l'article 2 dans leur ordre
  • Oublier que la convention ne couvre ni la TVA ni les droits d'enregistrement, et chercher dans son texte une réponse qu'elle ne contient pas
  • Attendre la distribution pour réunir les pièces justifiant le régime fiscal marocain du revenu, alors que la jurisprudence récente exige de pouvoir le démontrer avant que l'exonération ne soit accordée

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la convention fiscale Maroc-France ?

C'est l'accord signé à Paris le 29 mai 1970 entre les gouvernements marocain et français, modifié par un avenant signé à Rabat le 18 août 1989, qui répartit le droit d'imposer entre les deux États pour chaque catégorie de revenu et évite qu'un même revenu soit taxé deux fois. Elle couvre l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, pas la TVA ni les droits d'enregistrement.

Comment déterminer sa résidence fiscale entre la France et le Maroc ?

L'article 2 de la convention retient, dans l'ordre, le foyer d'habitation permanent, puis, si la personne en a un dans les deux États, le centre de ses activités professionnelles, et enfin le lieu où elle séjourne le plus souvent. Ces critères s'appliquent dans cet ordre pour trancher les cas où les deux administrations revendiquent la même personne comme résidente.

Quel est le taux de retenue à la source sur les dividendes entre la France et le Maroc ?

La convention plafonne la retenue à 15 % du montant brut. Mais le taux interne marocain de droit commun sur les dividendes est déjà descendu sous ce plafond depuis la loi de finances 2023, par paliers successifs dont le niveau exact pour l'exercice de versement doit être vérifié auprès de la note circulaire de la DGI en vigueur ; c'est ce taux interne, lorsqu'il est plus bas, qui s'applique dans ce sens. Dans le sens France vers Maroc, les dividendes versés à un bénéficiaire effectif résident marocain sont exonérés de retenue française s'ils sont imposables au Maroc.

Un dirigeant non-résident est-il imposé en France ou au Maroc sur sa rémunération ?

Cela dépend de la nature de chaque revenu perçu : les dividendes suivent le régime de l'article 13, la rémunération liée au mandat social obéit à une qualification distincte à vérifier au cas par cas, et une activité de gestion exercée physiquement dans l'autre État peut faire basculer une partie des revenus professionnels vers une imposition à la source dans cet État. La résidence fiscale du dirigeant, déterminée en premier, désigne l'État d'imposition de principe sur le reste de ses revenus.

Quels documents faut-il réunir pour bénéficier de la convention sur des dividendes ?

Le formulaire d'attestation de résidence fiscale et son annexe propre aux dividendes, visés par l'administration fiscale de l'État de résidence du bénéficiaire, déposés avant la mise en paiement. Pour une exonération réclamée côté français sur des dividendes versés à un résident marocain, la jurisprudence récente impose en outre de pouvoir démontrer, au-delà de la seule attestation de résidence, que le revenu est effectivement imposable selon la loi fiscale marocaine.

Sources