Les exonérations de TVA au Maroc : régimes, conditions et remboursement
Une opération exonérée de TVA au Maroc ne l'est jamais de la même façon selon l'article du Code général des impôts qui la couvre : certaines privent l'entreprise de toute déduction en amont, d'autres la lui conservent intégralement, une troisième catégorie ne relève même pas d'une exonération au sens strict. Ce que recouvre chacun de ces régimes, à qui ils s'adressent, et comment récupérer le crédit de TVA qu'ils font parfois naître.
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L'exonération de TVA, trois mécanismes distincts
Une exonération de TVA au Maroc désigne une opération qui entre dans le champ d'application de la taxe mais que le législateur en dispense, pour des raisons sociales, culturelles ou économiques. Elle se distingue à ce titre d'une opération hors champ, qui n'entre jamais dans l'assiette de la TVA parce qu'elle ne correspond pas à une livraison de bien ou une prestation de service au sens de la taxe. Le Code général des impôts (CGI) organise ces exonérations en deux régimes, auxquels s'ajoute un troisième mécanisme qui n'est pas, juridiquement, une exonération.
L'article 91 du CGI liste les opérations exonérées sans droit à déduction : l'entreprise ne facture pas de TVA à ses clients, mais elle ne récupère pas non plus la TVA payée à ses fournisseurs, qui devient une charge définitive. L'article 92 énumère les opérations exonérées avec droit à déduction : là encore aucune TVA n'est facturée, mais celle payée en amont reste intégralement récupérable, ce qui peut faire naître un crédit de TVA structurel. L'article 94 organise enfin le régime suspensif, réservé aux entreprises exportatrices : la taxe n'est ni facturée ni exonérée, elle est simplement différée, et redevient exigible en cas de détournement de la destination des biens reçus en suspension.
Confondre ces trois régimes est la première source d'erreur en pratique, parce qu'ils se ressemblent en surface : aucun ne se traduit par une ligne de TVA sur la facture de vente. Ce qui les sépare, c'est le sort réservé à la TVA payée sur les achats, et c'est ce sort qui détermine si l'opération allège réellement la charge fiscale de l'entreprise ou seulement celle de son client.
L'exonération sans droit à déduction (article 91 du CGI)
Ce régime retire le droit à déduction sur les dépenses liées à l'opération exonérée : la TVA payée aux fournisseurs s'ajoute au coût de revient. Il couvre, entre autres, les catégories suivantes.
- Les produits de première nécessité vendus en l'état : pain, farine et semoules, lait, sucre brut, sel de cuisine et dattes conditionnées produites au Maroc
- Les prestations et fournitures liées à la santé et à certains produits pharmaceutiques et dispositifs médicaux définis par la loi
- Les prestations fournies par les établissements d'enseignement privé et de formation professionnelle, dans les conditions que fixe le CGI
- Les livres, les journaux, les publications et la presse, ainsi que les papiers destinés à leur impression
- Les opérations réalisées par les associations à but non lucratif reconnues d'utilité publique, dans le cadre de leur objet
- Les ventes et les prestations des fabricants et prestataires de services, personnes physiques, dont le chiffre d'affaires annuel n'excède pas 500 000 dirhams ; une fois assujetties, ces personnes ne peuvent redemander cette exonération que si leur chiffre d'affaires repasse sous ce seuil pendant trois années consécutives
L'exonération avec droit à déduction (article 92 du CGI) : l'exportation
L'article 92 exonère avec droit à déduction les produits livrés à l'exportation : l'exonération s'applique à la dernière vente réalisée sur le territoire marocain qui a pour effet direct et immédiat de réaliser l'exportation elle-même, et non à l'ensemble de la chaîne de production. Pour les services, l'exonération vise les prestations rendues à un client établi à l'étranger et effectivement exploitées ou utilisées hors du Maroc.
Dans les deux cas, l'exportateur ne facture pas de TVA à son client étranger mais conserve le droit de déduire la TVA payée sur ses propres achats. Une entreprise dont l'activité est presque exclusivement tournée vers l'export ne collecte donc quasiment aucune TVA tout en continuant à en déduire, ce qui fait apparaître un crédit de TVA structurel, non compensé par des ventes locales. Ce crédit ouvre droit à remboursement dans les conditions de l'article 103, décrites plus bas.
Le même article 92 couvre, dans un paragraphe distinct, l'exonération des biens d'investissement inscrits en compte d'immobilisation, dont le fonctionnement obéit à des règles propres, détaillées dans la section suivante.
L'exonération de 36 mois sur les biens d'investissement (article 92-I-6°)
Ce volet de l'article 92 permet à une entreprise nouvellement créée ou qui investit d'acquérir certains biens sans supporter la TVA, sous plusieurs conditions cumulatives.
1. Un délai qui court à partir du début d'activité
L'exonération couvre une période de 36 mois à compter du début d'activité, celui-ci correspondant à la date de la première opération d'acquisition de biens et services, hors frais de constitution et premiers frais d'installation dans la limite de trois mois. Pour une entreprise qui construit elle-même son projet, le point de départ est la date de délivrance de l'autorisation de construire.
2. Une demande et une comptabilité qui suit les biens
L'exonération n'est pas automatique : elle suppose une demande de l'entreprise et le maintien d'une comptabilité régulière permettant d'inscrire les biens concernés dans un compte d'immobilisation soumis à amortissement.
3. Des garanties exigées à l'importation depuis 2024, et une obligation de conservation
Pour les biens importés, la loi de finances 2024 subordonne l'exonération à un engagement d'inscription en compte d'immobilisation et à un justificatif de garanties. Le bien doit ensuite rester inscrit à ce compte pendant la durée requise, faute de quoi l'exonération est remise en cause et la TVA devient exigible.
4. Un délai prolongé pour les grands projets conventionnés avec l'État
Pour les biens d'équipement afférents à un projet d'investissement d'au moins 50 millions de dirhams réalisé dans le cadre d'une convention conclue avec l'État, le délai de 36 mois court à compter de la première importation faite au titre de cette convention. La loi de finances 2026 permet de le proroger de 24 mois, sur demande électronique déposée avant son expiration, pour les conventions signées à partir du 1er janvier 2026 et celles dont le délai n'était pas épuisé au 31 décembre 2025.
Le régime suspensif (article 94) et le remboursement du crédit de TVA (article 103)
Le régime suspensif de l'article 94 n'est pas une exonération : c'est une autorisation, accordée sur demande aux entreprises exportatrices de produits et de services, de recevoir en suspension de taxe les marchandises, matières premières, emballages non récupérables et services nécessaires à leurs opérations. La taxe n'est pas annulée, elle est reportée ; elle redevient exigible si les biens reçus en suspension sont détournés de leur destination. L'autorisation est plafonnée au montant du chiffre d'affaires réalisé à l'export au cours de l'année écoulée, ce qui exclut d'y loger les achats de biens d'investissement : ceux-ci relèvent soit du droit commun de la déduction, soit de l'exonération de 36 mois de l'article 92-I-6°, soit du remboursement de l'article 103.
L'article 103 prévoit précisément ce remboursement pour les opérations réalisées sous le bénéfice des exonérations de l'article 92 ou du régime suspensif de l'article 94, lorsque le volume de la taxe due ne permet pas d'imputer intégralement la TVA déductible. La demande se dépose auprès du service local des impôts à la fin de chaque trimestre de l'année civile, pour les opérations réalisées au cours du ou des trimestres écoulés, accompagnée de la déclaration de chiffre d'affaires et des pièces justificatives du dossier. Elle est frappée de forclusion passé un délai d'un an suivant le trimestre concerné, et l'administration liquide les remboursements accordés dans un délai maximal de trois mois à compter du dépôt de la demande.
Les trois régimes en un coup d'œil
Ce qui distingue les trois mécanismes n'est jamais la facture envoyée au client, toujours identique en apparence, mais le sort de la TVA payée en amont.
| Régime | TVA facturée au client | TVA récupérable en amont | Qui en bénéficie |
|---|---|---|---|
| Sans droit à déduction (art. 91) | Non | Non, elle devient une charge | Produits de première nécessité, santé, éducation, presse, petits fabricants et prestataires dont le chiffre d'affaires ne dépasse pas 500 000 DH |
| Avec droit à déduction (art. 92) | Non | Oui, intégralement | Exportateurs de biens et de services, entreprises acquérant des biens d'investissement inscrits en compte d'immobilisation pendant 36 mois |
| Régime suspensif (art. 94) | Non, la taxe est différée et non exonérée | Oui, par le mécanisme déduction-remboursement | Entreprises exportatrices, dans la limite de leur chiffre d'affaires à l'export de l'année précédente |
Les erreurs les plus fréquentes
Elles viennent presque toujours d'une confusion entre les trois régimes, ou d'un délai administratif non respecté.
- Confondre une opération hors champ, qui n'entre jamais dans l'assiette de la TVA, avec une opération exonérée, qui y entre mais en est dispensée par un texte exprès
- Facturer une TVA, même à taux réduit, sur une opération relevant de l'article 91 : elle ne doit apparaître sur aucune facture
- Considérer l'exonération de 36 mois sur les biens d'investissement comme automatique, alors qu'elle suppose une demande et une comptabilité qui inscrit le bien en compte d'immobilisation
- Omettre les garanties désormais exigées à l'importation des biens d'investissement depuis la loi de finances 2024
- Loger un achat de bien d'investissement dans le régime suspensif de l'article 94, qui ne couvre que les achats courants liés à l'activité d'export
- Laisser passer le délai d'un an pour déposer une demande de remboursement du crédit de TVA né d'une exonération avec droit à déduction ou du régime suspensif
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre une opération hors champ et une opération exonérée de TVA ?
Une opération hors champ n'entre jamais dans l'assiette de la TVA parce qu'elle ne correspond pas à une livraison de bien ou une prestation de service au sens de la taxe. Une opération exonérée y entre, mais un texte du CGI en dispense expressément l'entreprise, soit sans droit à déduction (article 91), soit avec droit à déduction (article 92).
Qu'est-ce qu'une exonération sans droit à déduction ?
C'est le régime de l'article 91 du CGI : l'entreprise ne facture pas de TVA sur l'opération concernée, mais elle ne peut pas non plus déduire la TVA payée sur ses achats, investissements et frais généraux liés à cette opération, qui devient une charge définitive. Il couvre notamment les produits de première nécessité, la santé, l'éducation, la presse et les petits fabricants et prestataires dont le chiffre d'affaires annuel ne dépasse pas 500 000 dirhams.
Comment fonctionne l'exonération de 36 mois sur les biens d'investissement ?
Prévue à l'article 92-I-6° du CGI, elle permet à une entreprise d'acquérir certains biens inscrits en compte d'immobilisation sans supporter la TVA pendant les 36 mois qui suivent le début de son activité. Elle suppose une demande, une comptabilité régulière, et depuis la loi de finances 2024, la production de garanties pour les biens importés. Un délai plus long, avec une prorogation possible de 24 mois depuis la loi de finances 2026, s'applique aux grands projets réalisés dans le cadre d'une convention conclue avec l'État.
Qui peut acheter en suspension de TVA au Maroc ?
Le régime suspensif de l'article 94 est réservé aux entreprises exportatrices de produits et de services, sur autorisation de l'administration, dans la limite du chiffre d'affaires réalisé à l'export au cours de l'année précédente. Ce n'est pas une exonération : la taxe est simplement différée et redevient exigible si les biens reçus en suspension sont détournés de leur destination.
Comment récupérer un crédit de TVA né d'une exonération avec droit à déduction ?
L'article 103 du CGI ouvre droit au remboursement lorsque la TVA déductible liée à des opérations exonérées avec droit à déduction ou réalisées sous le régime suspensif ne peut pas être intégralement imputée. La demande se dépose auprès du service local des impôts à la fin de chaque trimestre, dans un délai d'un an suivant le trimestre concerné, et l'administration dispose de trois mois pour liquider le remboursement accordé.
