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Le prorata de déduction de TVA au Maroc : formule, déclaration et régularisation

Une entreprise qui facture à la fois des opérations soumises à la TVA et des opérations exonérées sans droit à déduction ou hors champ ne récupère jamais la totalité de la taxe payée à ses fournisseurs. Le prorata de déduction fixe la part récupérable, sa formule est encadrée par les articles 104 à 106 du Code général des impôts, et son application se régularise chaque année.

Mis à jour le

Le prorata de déduction de TVA, en une phrase

Le prorata de déduction est le pourcentage qu'un assujetti partiel applique à la TVA payée sur ses achats, ses frais généraux et ses investissements pour déterminer la fraction qu'il a le droit de récupérer, lorsqu'il ne peut pas rattacher cette dépense de façon certaine à une seule catégorie d'opérations. Il concerne les entreprises qui réalisent à la fois des opérations soumises à la TVA, y compris sous exonération avec droit à déduction, et des opérations exonérées sans droit à déduction ou situées hors du champ d'application de la taxe : une société immobilière qui loue des locaux nus à usage professionnel et des logements d'habitation, une banque, un organisme de formation qui facture des prestations imposables et d'autres qui ne le sont pas.

Le mécanisme est prévu par les articles 104 à 106 du Code général des impôts (CGI). L'article 104 pose le principe et la formule du prorata, l'article 105 en précise les éléments de calcul, et l'article 106 énumère des opérations qui restent exclues du droit à déduction quel que soit le prorata applicable. Ces deux logiques ne se confondent pas : le prorata répartit une TVA par nature récupérable en partie, tandis que les exclusions de l'article 106 retirent purement et simplement le droit à déduction sur certaines dépenses, avant même tout calcul de prorata.

Une entreprise entièrement assujettie, qui ne réalise que des opérations imposables ou exonérées avec droit à déduction, n'a pas de prorata à calculer : elle déduit l'intégralité de la TVA de ses achats, sous réserve des exclusions de l'article 106. Le prorata ne s'impose qu'à celles dont une partie de l'activité échappe structurellement à la taxe.

Ce qui entre dans le calcul du prorata

Le prorata rapporte un chiffre d'affaires qui ouvre droit à déduction à un chiffre d'affaires total. Le numérateur figure aussi dans le dénominateur, ce qui est la source d'erreur la plus fréquente lorsqu'on reconstruit la formule de mémoire.

ÉlémentContenu
NumérateurChiffre d'affaires soumis à la TVA au titre des opérations imposables, y compris celles réalisées sous le bénéfice d'une exonération avec droit à déduction ou d'un régime suspensif
DénominateurLe montant du numérateur, augmenté du chiffre d'affaires provenant d'opérations exonérées sans droit à déduction et d'opérations situées hors du champ d'application de la TVA
RésultatUn pourcentage arrondi à l'unité supérieure, appliqué à la TVA payée sur les dépenses communes aux deux catégories d'opérations

Un exemple pour fixer les ordres de grandeur

Exemple illustratif d'une société de formation qui facture des prestations imposables et des prestations qui ne le sont pas. Les montants sont fictifs, seule la mécanique compte.

  1. 1. Recenser le chiffre d'affaires de l'année écoulée

    800 000 DH de prestations soumises à la TVA et 200 000 DH de prestations exonérées sans droit à déduction, soit un chiffre d'affaires total de 1 000 000 DH.

  2. 2. Construire le prorata

    Numérateur : 800 000 DH. Dénominateur : 800 000 + 200 000 = 1 000 000 DH. Prorata : 800 000 / 1 000 000 = 80 %.

  3. 3. Appliquer ce prorata aux dépenses communes

    Une facture de loyer de bureau, utilisée pour l'ensemble de l'activité, porte 4 000 DH de TVA. La société n'en déduit que 80 %, soit 3 200 DH ; les 800 DH restants constituent une charge non récupérable.

  4. 4. Ne pas toucher aux dépenses affectables avec certitude

    Une dépense qui se rattache exclusivement à l'activité imposable ouvre droit à déduction intégrale ; une dépense qui se rattache exclusivement à l'activité exonérée sans droit à déduction n'ouvre droit à aucune déduction. Le prorata ne s'applique qu'aux dépenses réellement communes aux deux.

Un prorata provisoire, appliqué toute l'année, puis vérifié

Le prorata utilisé au cours d'une année civile est celui dégagé par les opérations de l'année précédente : il est donc provisoire au moment où l'entreprise l'applique à ses déductions mensuelles ou trimestrielles, et n'est confirmé qu'une fois le chiffre d'affaires réel de l'année en cours connu. Pour une entreprise nouvellement créée, qui n'a pas d'exercice de référence, le prorata initial est fixé à titre provisoire d'après des prévisions d'exploitation.

L'article 113 du CGI impose de déposer, avant le 1er mars de chaque année, auprès du service local des impôts, une déclaration du prorata établie sur un imprimé de l'administration. Elle mentionne le prorata de déduction appliqué au cours de l'année et les éléments globaux utilisés pour le déterminer, ainsi que, pour les biens inscrits dans un compte d'immobilisation acquis l'année précédente, leur prix d'achat ou de revient TTC et le montant de TVA correspondant. Cette obligation déclarative est distincte de la déclaration de TVA périodique et ne s'y substitue pas.

La régularisation sur les biens immobilisés

Le prorata déterminé une année n'est pas figé pour les biens d'investissement inscrits en immobilisation. Si, au cours des années suivant l'acquisition, le prorata calculé pour l'une de ces années s'écarte de plus de cinq points du prorata initialement retenu, l'entreprise doit régulariser la TVA déduite à l'entrée : un reversement si le nouveau prorata est plus défavorable, une déduction complémentaire s'il est plus favorable, calculés au prorata du nombre d'années restant à courir sur la période de régularisation.

Cette période de régularisation n'est pas la même selon la nature du bien : elle porte sur les cinq années qui suivent la date d'acquisition pour les biens meubles d'investissement, avec un ajustement égal au cinquième de la différence pour chaque année où l'écart dépasse le seuil, et sur une période plus longue pour les immeubles et constructions, avec un ajustement fractionné sur cette durée. Une cession du bien ou une cessation d'activité avant la fin de la période de régularisation déclenche le même mécanisme, calculé sur les années restant à courir à la date de l'événement.

En pratique, cela signifie qu'une entreprise dont l'activité exonérée sans droit à déduction se développe après l'achat d'un équipement, alors qu'elle avait déduit une large part de la TVA sur cet achat en se fondant sur un prorata plus favorable, doit reverser une fraction de cette déduction les années suivantes. À l'inverse, une activité imposable qui se développe peut ouvrir droit à un complément de déduction sur le même bien.

Ce qui reste exclu du droit à déduction, prorata ou pas

L'article 106 du CGI retire le droit à déduction sur certaines dépenses de façon absolue. Le prorata ne s'applique jamais à ces postes : ils sont non déductibles avant même d'entrer dans le calcul.

  • Les biens, produits, matières et services non utilisés pour les besoins de l'exploitation
  • Les immeubles et locaux non liés à l'exploitation
  • Les véhicules de transport de personnes, sauf ceux affectés au transport collectif du personnel, au transport public de voyageurs, aux ambulances, ou immatriculés en catégorie utilitaire
  • Les produits pétroliers non utilisés comme combustibles, matières premières ou agents de fabrication, ainsi que le gasoil et l'essence destinés aux véhicules exclus
  • Les frais de mission, de réception ou de représentation

Les erreurs les plus fréquentes

Elles viennent presque toujours d'une confusion entre affectation directe et prorata, ou d'un suivi absent sur les immobilisations.

  • Appliquer le prorata à une dépense pourtant affectable avec certitude à l'activité imposable, ce qui limite une déduction qui aurait dû être intégrale
  • Déduire intégralement une dépense mixte alors qu'elle relève du prorata, faute d'avoir identifié que l'entreprise a une activité exonérée sans droit à déduction
  • Oublier de déposer la déclaration de prorata avant le 1er mars, alors qu'elle conditionne la justification du taux appliqué toute l'année précédente
  • Ne pas suivre les immobilisations sur leur période de régularisation, et découvrir l'écart de prorata au moment d'un contrôle plutôt qu'au moment de la clôture annuelle
  • Confondre les exclusions absolues de l'article 106, comme les véhicules de tourisme, avec une dépense soumise au prorata : les premières ne sont jamais déductibles, même partiellement

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le prorata de déduction de TVA au Maroc ?

C'est le pourcentage que doit appliquer un assujetti partiel, c'est-à-dire une entreprise qui réalise à la fois des opérations soumises à la TVA et des opérations exonérées sans droit à déduction ou hors champ, pour déterminer la part de la TVA payée sur ses dépenses communes qu'elle a le droit de récupérer. Il est encadré par les articles 104 à 106 du Code général des impôts.

Comment calcule-t-on le prorata de déduction ?

Au numérateur, le chiffre d'affaires soumis à la TVA, y compris les opérations exonérées avec droit à déduction et les régimes suspensifs. Au dénominateur, ce même montant augmenté du chiffre d'affaires des opérations exonérées sans droit à déduction et des opérations hors champ. Le résultat, arrondi à l'unité supérieure, s'applique aux dépenses communes aux deux catégories d'opérations, pas aux dépenses affectables avec certitude à l'une d'elles.

Qui est concerné par le prorata de TVA ?

Les entreprises dont une partie de l'activité échappe structurellement à la TVA : une exonération sans droit à déduction ou une activité hors champ, à côté d'opérations imposables. Une entreprise entièrement assujettie n'a pas de prorata à calculer et déduit l'intégralité de sa TVA en amont, sous réserve des exclusions générales de l'article 106.

Quand faut-il régulariser la TVA déduite sur une immobilisation ?

Lorsque le prorata calculé pour l'une des années suivant l'acquisition s'écarte de plus de cinq points du prorata initialement appliqué. La régularisation, reversement ou déduction complémentaire selon le sens de l'écart, porte sur les cinq années suivant l'acquisition pour les biens meubles et sur une période plus longue pour les immeubles et constructions. Une cession ou une cessation d'activité avant la fin de cette période déclenche le même mécanisme.

Avant quelle date faut-il déposer la déclaration de prorata ?

Avant le 1er mars de chaque année, auprès du service local des impôts, conformément à l'article 113 du CGI. Elle indique le prorata appliqué et les éléments retenus pour le déterminer, ainsi que des informations sur les immobilisations acquises l'année précédente. Cette déclaration est distincte de la déclaration de TVA périodique.

Sources