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L'impôt sur le revenu (IR) au Maroc : barème, calcul et obligations

Longtemps appelé IGR, l'impôt sur le revenu marocain frappe les personnes physiques selon un barème progressif. Voici qui le paie, comment il se calcule et ce qu'un employeur ou un dirigeant doit déclarer.

Mis à jour le

IGR ou IR : le même impôt, deux noms

L'impôt général sur le revenu, l'IGR, a été institué au Maroc en 1989. Il a été rebaptisé impôt sur le revenu par la loi de finances 2006, et le Code général des impôts entré en vigueur l'année suivante a consacré cette appellation. Vingt ans plus tard, le sigle IGR reste pourtant d'usage courant dans les entreprises, sur les bulletins de paie anciens et dans le langage des services de paie. Les deux termes désignent bien le même prélèvement : celui qui figure aujourd'hui aux articles 21 à 86 du Code général des impôts sous le nom d'IR.

L'IR est l'impôt des personnes physiques. Il frappe le revenu global annuel d'un individu, quelle qu'en soit la provenance, ainsi que les bénéfices des sociétés de personnes qui n'ont pas opté pour l'impôt sur les sociétés. Il est progressif : le taux s'élève par tranches à mesure que le revenu augmente, et non d'un bloc sur la totalité du revenu.

La règle de territorialité tient en deux phrases. Une personne ayant sa résidence fiscale au Maroc y est imposée sur l'ensemble de ses revenus, de source marocaine comme étrangère. Une personne non résidente n'y est imposée que sur ses revenus de source marocaine, sous réserve des conventions fiscales que le Maroc a conclues avec une cinquantaine de pays pour éviter la double imposition.

Les cinq catégories de revenus imposables

Le Code général des impôts ne traite pas tous les revenus de la même manière. Chacun relève d'une catégorie, avec ses propres règles de détermination du revenu net avant application du barème.

  • Les revenus salariaux et assimilés : salaires, indemnités, primes, avantages en nature, pensions et rentes viagères.
  • Les revenus professionnels : bénéfices des commerçants, artisans, prestataires de services et professions libérales exerçant en nom propre.
  • Les revenus et profits fonciers : loyers perçus sur les immeubles, et plus-values réalisées lors de la cession d'un bien immobilier.
  • Les revenus et profits de capitaux mobiliers : dividendes, intérêts de placements, plus-values de cession de valeurs mobilières.
  • Les revenus agricoles : bénéfices des exploitations agricoles, avec un seuil d'exonération lié au chiffre d'affaires.

Le barème progressif de l'IR

Le barème ci-dessous résulte de la réforme portée par la loi de finances 2025, applicable aux revenus acquis à compter du 1er janvier 2025, et reconduit sans changement par la loi de finances 2026. Le seuil d'exonération a été relevé de 30 000 à 40 000 dirhams de revenu net imposable annuel, et le taux marginal ramené de 38 à 37 %. La somme à déduire permet de calculer l'impôt en une opération, sans décomposer tranche par tranche.

Revenu net imposable annuelTauxSomme à déduire
Jusqu'à 40 000 DH0 %—
De 40 001 à 60 000 DH10 %4 000 DH
De 60 001 à 80 000 DH20 %10 000 DH
De 80 001 à 100 000 DH30 %18 000 DH
De 100 001 à 180 000 DH34 %22 000 DH
Au-delà de 180 000 DH37 %27 400 DH

Comment se calcule l'IR sur un salaire

L'erreur la plus répandue consiste à appliquer le barème au salaire brut. L'impôt porte sur le revenu net imposable, qui est toujours nettement inférieur. Le chemin comporte cinq étapes.

  1. Déterminer le salaire brut imposable

    On part du brut global et on en retranche les éléments exonérés par le Code général des impôts : remboursements de frais justifiés, indemnités de panier et de transport dans les limites admises, allocations familiales, part patronale des cotisations.

  2. Appliquer l'abattement pour frais professionnels

    L'article 59 du Code général des impôts prévoit un abattement forfaitaire de 35 % lorsque le revenu brut annuel imposable n'excède pas 78 000 dirhams, et de 25 % au-delà. Dans les deux cas, la déduction est plafonnée à 35 000 dirhams par an, soit environ 2 917 dirhams par mois.

  3. Déduire les cotisations et charges admises

    Viennent ensuite en déduction les cotisations salariales CNSS, AMO et retraite complémentaire, ainsi que, le cas échéant, les intérêts d'un prêt pour l'acquisition du logement principal et les cotisations à un plan d'épargne retraite. La loi de finances 2026 a doublé le plafond de déduction de ces dernières, porté à 50 000 dirhams par an.

  4. Appliquer le barème

    Le revenu net imposable ainsi obtenu est multiplié par le taux de sa tranche, dont on retranche la somme à déduire correspondante. Un revenu net imposable de 120 000 dirhams donne 120 000 × 34 % − 22 000, soit 18 800 dirhams d'impôt annuel.

  5. Retirer les déductions pour charges de famille

    Depuis le 1er janvier 2026, la loi de finances n° 50-25 porte la réduction à 600 dirhams par an et par personne à charge, soit 50 dirhams par mois, dans la limite de six personnes et donc de 3 600 dirhams. Elle était de 500 dirhams en 2025 et de 360 dirhams auparavant.

Ce que l'employeur doit verser et déclarer

Sur les salaires, l'IR n'est pas payé par le salarié mais retenu à la source par l'employeur, qui en est personnellement responsable devant l'administration fiscale. Concrètement, l'entreprise calcule l'impôt de chaque salarié à l'établissement de la paie, le prélève sur le net à payer, puis le reverse au Trésor.

Le versement intervient avant l'expiration du mois qui suit celui de la retenue : l'IR retenu sur la paie de mars est à verser avant la fin du mois d'avril. La télédéclaration et le télépaiement se font sur le portail SIMPL de la Direction générale des impôts, qui est le canal obligatoire pour les entreprises. Depuis la loi de finances 2026, la télédéclaration s'impose également aux contribuables dont le revenu annuel dépasse 50 000 dirhams.

S'y ajoute une obligation annuelle : la déclaration des traitements et salaires, qui récapitule pour l'année écoulée l'identité de chaque salarié, les rémunérations versées et l'impôt retenu. Elle doit être déposée avant le 1er mars de l'année suivante. Un retard de versement ou une omission de retenue expose l'employeur à une majoration assise sur les sommes non reversées, augmentée des intérêts de retard.

L'obligation existe dès le premier bulletin de paie émis, y compris pour un gérant salarié unique, et même si l'impôt dû est nul parce que la rémunération se situe sous le seuil d'exonération.

L'IR professionnel : trois régimes

Un entrepreneur individuel, un commerçant ou un professionnel libéral qui exerce en nom propre ne paie pas d'impôt sur les sociétés : son bénéfice entre dans son revenu global et subit l'IR. Le régime de détermination de ce bénéfice dépend du chiffre d'affaires et de la nature de l'activité, selon les articles 39 et 40 du Code général des impôts.

RégimeSeuil de chiffre d'affairesPrincipe
Contribution professionnelle unique2 000 000 DH en négoce, 500 000 DH en servicesBénéfice forfaitaire obtenu en appliquant un coefficient au chiffre d'affaires, taxé à 10 %, majoré d'un droit complémentaire couvrant la couverture médicale
Résultat net simplifiéMêmes seuils, sur optionComptabilité allégée, résultat réel mais sans constitution de provisions ni report déficitaire
Résultat net réelObligatoire au-delà des seuilsComptabilité complète conforme au plan comptable, résultat réel avec report des déficits

IR ou IS : ce que paie réellement un dirigeant

La confusion entre IR et impôt sur les sociétés est fréquente parce qu'elle porte sur deux contribuables différents. Une SARL, une SARL AU ou une SA est une personne morale : son bénéfice est soumis à l'IS. L'entrepreneur individuel et l'auto-entrepreneur, eux, n'ont pas de personnalité morale distincte et relèvent de l'IR.

Le dirigeant d'une société peut donc être concerné par les deux, mais jamais sur la même somme. Sa rémunération de gérance est un revenu salarial soumis à l'IR par retenue à la source, et elle constitue une charge déductible du résultat de la société. Le bénéfice qui subsiste après cette rémunération est imposé à l'IS au niveau de la société.

Vient enfin la distribution. Les dividendes versés à un associé personne physique supportent une retenue à la source libératoire, dont le taux converge progressivement vers 10 % depuis la loi de finances 2023 : il s'établit à 11,25 % pour les distributions de 2026 et atteindra 10 % en 2027. Libératoire signifie que ces dividendes ne sont pas réintégrés dans le revenu global soumis au barème.

L'arbitrage entre rémunération et dividendes se raisonne donc au cas par cas, en tenant compte du taux marginal d'IR du dirigeant, du taux d'IS de la société et de la couverture sociale attachée au salaire.

Les erreurs les plus fréquentes

Dans les dossiers que nous reprenons, les redressements d'IR tiennent presque toujours à l'une de ces situations.

  • Appliquer le barème au salaire brut au lieu du revenu net imposable, ce qui conduit à sur-retenir puis à gérer des régularisations en fin d'année.
  • Oublier de déclarer un second revenu : un salarié rémunéré par deux employeurs doit souscrire une déclaration de revenu global, car aucun des deux ne connaît l'assiette totale.
  • Négliger la déclaration annuelle des traitements et salaires parce que les versements mensuels ont bien été faits : ce sont deux obligations distinctes, sanctionnées séparément.
  • Confondre les échéances : la déclaration du revenu global est due avant le 1er mars, sauf pour les titulaires de revenus professionnels au résultat net réel ou simplifié, qui ont jusqu'au 1er mai.
  • Considérer qu'un non-résident n'a rien à déclarer : des loyers marocains ou une plus-value immobilière réalisée au Maroc restent imposables au Maroc.

Questions fréquentes

Quelle différence entre IGR et IR au Maroc ?

Aucune sur le fond. L'impôt général sur le revenu, créé en 1989, a été renommé impôt sur le revenu par la loi de finances 2006, appellation reprise par le Code général des impôts. Le sigle IGR reste employé dans le langage courant, mais le texte applicable est bien celui de l'IR.

À partir de quel salaire paie-t-on l'IR au Maroc ?

Le barème applicable depuis le 1er janvier 2025 exonère les 40 000 premiers dirhams de revenu net imposable annuel, soit environ 3 333 dirhams par mois. Comme le revenu net imposable s'obtient après abattement pour frais professionnels et déduction des cotisations sociales, le salaire brut correspondant est sensiblement plus élevé.

Quel est le taux maximum de l'IR au Maroc ?

Le taux marginal est de 37 %, contre 38 % avant la réforme de la loi de finances 2025. Il ne s'applique qu'à la fraction du revenu net imposable qui dépasse 180 000 dirhams par an, et non à la totalité du revenu.

Un gérant de SARL paie-t-il l'IR ou l'IS ?

Les deux, mais sur des bases différentes. Sa rémunération de gérance est un revenu salarial soumis à l'IR, prélevé par retenue à la source. Le bénéfice de la société, lui, est soumis à l'IS. Les dividendes qu'il perçoit ensuite subissent une retenue à la source libératoire distincte.

Quelles déclarations d'IR un employeur doit-il déposer ?

Le versement mensuel de l'IR retenu à la source, à effectuer avant l'expiration du mois suivant celui de la retenue, et la déclaration annuelle des traitements et salaires, à déposer avant le 1er mars de l'année suivante. Les deux passent par le portail SIMPL de la Direction générale des impôts.

Sources