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Les jours fériés au Maroc : liste, règles et traitement en paie

Neuf dates grégoriennes fixes, quatre fêtes religieuses qui se déplacent chaque année, et une liste qui n'est pas la même dans le privé et dans la fonction publique. Ce que prévoit exactement le Code du travail, et ce que cela change sur un bulletin de paie.

Mis à jour le

Ce que le Code du travail appelle un jour férié

L'article 217 de la loi 65-99 formant Code du travail interdit à l'employeur d'occuper ses salariés pendant les jours de fêtes payés, dont la liste est fixée par voie réglementaire, et pendant les jours fériés. Le principe est donc l'interdiction de travailler, assortie du maintien de la rémunération.

Pour les entreprises, les professions libérales et les exploitations agricoles, cette liste est celle du décret n° 2-04-426 du 29 décembre 2004, pris en application de l'article 217. Le décret n° 2-23-1000 y a ajouté le Nouvel An amazigh du 14 janvier. La liste compte aujourd'hui treize jours : neuf dates grégoriennes fixes et quatre fêtes religieuses qui suivent le calendrier hégirien.

La fonction publique relève d'un texte distinct, le décret n° 2-77-169 du 28 février 1977, qui retient dix-sept jours. Deux écarts expliquent l'essentiel de la différence avec le privé : le 1er janvier figure dans la liste des administrations mais pas dans celle du décret n° 2-04-426, et les fêtes religieuses y ouvrent droit à deux jours au lieu d'un.

Rien n'empêche une entreprise privée d'accorder davantage : une convention collective, un accord d'entreprise ou un usage constant peuvent ajouter des jours, aligner les fêtes religieuses sur les deux jours du public, ou retenir le 1er janvier. Ce qui est accordé de manière répétée et générale devient en revanche difficile à retirer unilatéralement.

Les jours fériés à date fixe

Ces dates ne bougent pas d'une année sur l'autre. La colonne de droite signale les écarts entre le décret applicable aux entreprises et celui applicable aux administrations.

DateJour fériéSecteur privéFonction publique
1er janvierNouvel AnNon prévu par le décretOui
11 janvierManifeste de l'IndépendanceOuiOui
14 janvierNouvel An amazighOuiOui
1er maiFête du TravailOuiOui
30 juilletFête du TrôneOuiOui
14 aoûtJournée Oued Ed-DahabOuiOui
20 aoûtRévolution du Roi et du PeupleOuiOui
21 aoûtFête de la JeunesseOuiOui
6 novembreFête de la Marche VerteOuiOui
18 novembreFête de l'IndépendanceOuiOui

Les fêtes religieuses ne se planifient pas à l'avance

Quatre fêtes complètent la liste : Aïd Al Fitr, qui ouvre le mois de chaoual, Aïd Al Adha le 10 doul hijja, le 1er Moharram, nouvel an hégirien, et Aïd Al Mawlid le 12 rabii al awal. Le calendrier hégirien comptant environ trois cent cinquante-quatre jours, chacune recule d'une dizaine de jours dans le calendrier grégorien d'une année sur l'autre.

Leur date civile n'est pas connue avec certitude à l'avance. Elle dépend de l'observation du croissant lunaire, à laquelle procède le ministère des Habous et des Affaires islamiques, qui en annonce le résultat par communiqué, généralement la veille au soir. Les calendriers diffusés en début d'année ne sont que des projections astronomiques : un décalage d'un jour par rapport à l'annonce officielle est fréquent.

La conséquence pratique est simple : une clôture comptable, une échéance de livraison ou un planning de production ne se calent jamais sur une date de fête religieuse annoncée des mois à l'avance. Il faut prévoir la veille et le lendemain, puis confirmer une fois le communiqué publié.

Dans le secteur privé, le décret n° 2-04-426 ne prévoit qu'un seul jour pour chacune de ces fêtes. Le second jour, largement pratiqué, relève d'une convention collective, d'un accord d'entreprise ou d'un usage, pas d'une obligation légale générale.

Travailler un jour férié : les cas autorisés et le prix à payer

L'interdiction de l'article 217 connaît des exceptions limitativement énumérées à l'article 223 : les établissements dont le fonctionnement est nécessairement continu, ceux qui ont adopté le repos hebdomadaire par roulement, ainsi que la vente au détail de produits alimentaires, les cafés, restaurants et hôtels, les établissements de spectacles et ceux qui traitent des matières périssables.

Dans ces situations, l'article 224 impose de verser au salarié, en plus du salaire correspondant au travail effectué, une indemnité supplémentaire égale au montant de ce salaire. La journée est donc payée deux fois. L'article 225 permet de remplacer cette indemnité supplémentaire par un repos compensateur payé, mais uniquement sur accord entre l'employeur et le salarié concerné.

Les salariés rémunérés en totalité ou en partie au pourboire relèvent d'un régime distinct : le second alinéa de l'article 224 leur ouvre un repos compensateur payé d'une journée, qui s'ajoute au congé annuel payé.

Hors de ces cas, faire travailler un salarié un jour férié est une infraction. L'article 226 oblige alors l'employeur à verser, en sus du salaire afférent à cette journée, une indemnité égale à 100 % de ce salaire. L'article 230 y ajoute une amende de 300 à 500 dirhams, appliquée autant de fois qu'il y a de salariés concernés, le total ne pouvant dépasser 20 000 dirhams.

Jour férié et repos hebdomadaire sont deux régimes différents

Le repos hebdomadaire relève des articles 205 à 216. Il est d'au moins vingt-quatre heures consécutives allant de minuit à minuit, accordé le vendredi, le samedi, le dimanche ou le jour du marché hebdomadaire, et en principe simultanément à tous les salariés d'un même établissement. Il revient chaque semaine et ne se confond pas avec le jour férié, qui est ponctuel et obéit aux articles 217 à 230.

Les deux se croisent lorsqu'un jour férié tombe le jour de repos hebdomadaire. L'article 221 traite le cas des salariés payés à l'heure ou à la journée dont le repos est organisé par roulement : l'employeur doit alors leur verser une indemnité pour cette journée dans les conditions de l'article 219. En dehors de cette hypothèse, le Code ne prévoit ni report ni récupération automatique.

La récupération des heures perdues obéit à l'article 227. Elle est possible dans les trente jours qui suivent le jour férié, après consultation des délégués des salariés. Elle ne peut porter la durée du travail au-delà de dix heures par jour, ni intervenir le jour du repos hebdomadaire du salarié, ni lorsque ce repos coïncide avec un jour de fête payé. Les dates sont communiquées par écrit à l'inspection du travail, et l'article 228 précise que les heures récupérées se paient comme des heures normales, sans majoration.

Ce que le jour férié change sur le bulletin de paie

Le traitement dépend du mode de rémunération du salarié et de ce qui s'est réellement passé ce jour-là. Voici l'ordre dans lequel nous le vérifions.

  1. Salarié mensualisé, jour chômé

    Aucun effet. Le jour férié chômé n'ouvre droit à aucune retenue et n'appelle aucune ligne particulière sur le bulletin : le salaire mensuel est versé intégralement.

  2. Salarié payé à l'heure ou à la journée

    L'article 219 prévoit une indemnité égale à la rémunération qu'il aurait perçue s'il était resté à son poste, hors indemnités de risque et remboursements de frais. Le droit suppose qu'il ait été occupé immédiatement avant le jour de fête, ou pendant treize jours du mois qui le précède.

  3. Salaire à la tâche, au rendement ou à la pièce

    L'article 220 impose la règle du vingt-sixième : l'indemnité est égale au vingt-sixième de la rémunération perçue pour les vingt-six jours de travail effectif ayant immédiatement précédé le jour de fête payé.

  4. Jour férié travaillé dans un cas autorisé

    Le salaire de la journée travaillée est complété par une indemnité supplémentaire d'un montant égal, au titre de l'article 224, sauf accord de substitution par un repos compensateur payé prévu à l'article 225. Les deux éléments suivent le régime social et fiscal du salaire.

  5. Récupération et traçabilité

    Si des heures perdues sont récupérées, conservez la trace de la consultation des délégués des salariés et de la notification écrite des dates à l'inspection du travail. Ces heures se paient au tarif normal, ce qui les distingue des heures supplémentaires.

Les erreurs que nous rencontrons le plus souvent

Aucune ne coûte très cher isolément, mais l'amende de l'article 230 se multiplie par le nombre de salariés concernés, ce qui change rapidement l'ordre de grandeur.

  • Traiter le 1er janvier comme un jour férié légal dans une entreprise privée, sans base conventionnelle, puis le retirer une année où il tombe mal
  • Ouvrir deux jours pour Aïd Al Fitr ou Aïd Al Adha pendant plusieurs années, puis revenir à un seul jour sans négociation
  • Faire travailler un jour férié hors des cas de l'article 223, et ne payer que le salaire normal
  • Remplacer l'indemnité supplémentaire par un repos compensateur sans accord du salarié, alors que l'article 225 l'exige
  • Récupérer les heures perdues au-delà du délai de trente jours, ou sans prévenir l'inspection du travail par écrit
  • Oublier l'indemnité de l'article 221 pour les salariés à l'heure dont le repos hebdomadaire fonctionne par roulement

Questions fréquentes

Combien y a-t-il de jours fériés par an au Maroc ?

Treize dans le secteur privé, au titre du décret n° 2-04-426 modifié : neuf dates grégoriennes fixes et quatre fêtes religieuses. La fonction publique en compte dix-sept, en vertu du décret n° 2-77-169, parce qu'elle retient le 1er janvier et accorde deux jours pour chaque fête religieuse.

Le 1er janvier est-il un jour férié au Maroc ?

Il l'est dans les administrations publiques, mais il ne figure pas dans la liste du décret n° 2-04-426 applicable aux entreprises. Beaucoup d'employeurs privés l'accordent malgré tout, par convention collective ou par usage, ce qui crée alors un droit qu'il est difficile de supprimer ensuite.

Que gagne un salarié qui travaille un jour férié ?

Lorsque l'activité relève des cas autorisés par l'article 223, l'article 224 impose de lui verser, en plus du salaire correspondant au travail effectué, une indemnité supplémentaire égale à ce salaire. Cette indemnité peut être remplacée par un repos compensateur payé, mais seulement avec son accord.

Un jour férié qui tombe un dimanche est-il reporté ?

Le Code du travail ne prévoit ni report ni jour de remplacement automatique. Seul l'article 221 impose une indemnité, et uniquement pour les salariés payés à l'heure ou à la journée dont le repos hebdomadaire est organisé par roulement. Un report peut en revanche être prévu par accord d'entreprise.

Pourquoi les dates des fêtes religieuses changent-elles chaque année ?

Elles suivent le calendrier hégirien, plus court d'une dizaine de jours que le calendrier grégorien, et leur date civile est confirmée par l'observation du croissant lunaire annoncée par le ministère des Habous et des Affaires islamiques. Les calendriers publiés à l'avance restent des estimations.

Sources