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La déclaration de TVA au Maroc : régime, délais et pièces à préparer

Le régime de déclaration dépend d'un seul critère, le chiffre d'affaires de l'année précédente, mais son application se complique dès qu'une entreprise démarre, change de taille ou accumule un crédit. Ce que dit le Code général des impôts, ce que demande le portail SIMPL, et les situations qui attirent l'attention de l'administration.

Mis à jour le

Déclarer la TVA au Maroc, en une phrase

La déclaration de TVA au Maroc consiste, pour toute entreprise assujettie, à transmettre chaque mois ou chaque trimestre à la Direction générale des impôts (DGI) le détail de sa TVA collectée sur les ventes et de sa TVA déductible sur les achats, puis à verser la différence par voie électronique sur le portail SIMPL. Le régime applicable, mensuel ou trimestriel, dépend du chiffre d'affaires taxable réalisé l'année précédente : c'est l'article 108 du Code général des impôts (CGI) qui fixe ce critère.

La mécanique de calcul elle-même, TVA collectée moins TVA déductible, est traitée en détail dans notre article sur le calcul de la TVA. Celui-ci porte sur l'obligation déclarative qui l'entoure : quel régime s'applique, dans quel délai déposer, quelles pièces préparer avant de remplir le formulaire, et ce qui, dans une déclaration, attire l'attention d'un inspecteur.

Régime mensuel ou trimestriel : le critère et le délai

L'article 108 du CGI fixe un seuil unique, apprécié sur le chiffre d'affaires taxable de l'exercice précédent, et prévoit trois situations où le régime trimestriel s'applique de plein droit indépendamment du chiffre d'affaires.

SituationRégime applicableDélai de dépôt
Chiffre d'affaires taxable de l'année précédente ≥ 1 000 000 DHMensuel (obligatoire)Avant le 20 du mois qui suit chaque mois
Chiffre d'affaires taxable de l'année précédente < 1 000 000 DHTrimestrielAvant le 20 du mois qui suit chaque trimestre
Établissement saisonnier, activité périodique ou occasionnelleTrimestriel, quel que soit le chiffre d'affairesAvant le 20 du mois qui suit chaque trimestre
Nouvelle entreprise, durant l'année civile de son début d'activitéTrimestriel par défautAvant le 20 du mois qui suit chaque trimestre

Le régime trimestriel n'est pas toujours subi

Une entreprise placée sous le régime trimestriel parce que son chiffre d'affaires reste sous le seuil peut demander à passer au régime mensuel. L'article 108 du CGI conditionne ce choix à une demande adressée avant le 31 janvier de l'année au titre de laquelle l'option est exercée. L'intérêt pratique est souvent la trésorerie : une entreprise structurellement en crédit de TVA, parce qu'elle investit ou exporte, récupère plus vite en déclarant chaque mois plutôt que chaque trimestre.

À l'inverse, franchir le seuil d'un million de dirhams fait basculer automatiquement au régime mensuel dès le 1er janvier de l'année suivante, sans démarche à accomplir : c'est un effet mécanique du chiffre d'affaires de l'exercice clos, pas une option. Une entreprise proche du seuil a donc intérêt à vérifier sa situation en fin d'année pour ne pas découvrir le changement de régime après coup, au moment de préparer sa première échéance de l'année.

Le cas de la nouvelle entreprise mérite une précision : le régime trimestriel s'applique pour l'année civile de la création, quelle que soit la date effective de début d'activité en cours d'année. Une société immatriculée en septembre déclare donc trimestriellement jusqu'au 31 décembre de la même année, puis son régime pour l'année suivante se détermine sur le chiffre d'affaires réalisé pendant cette période, ramené le cas échéant à une base annuelle selon les modalités prévues par le CGI.

Déposer sa déclaration sur le portail SIMPL

La télédéclaration est obligatoire pour tous les assujettis à la TVA depuis 2017, quel que soit leur chiffre d'affaires : la déclaration papier n'est plus recevable. Voici l'enchaînement que nous suivons pour un dépôt sans blocage de dernière minute.

  1. 1. Vérifier l'adhésion aux téléservices SIMPL

    L'accès suppose une adhésion préalable auprès du service des impôts du lieu du siège, avec les formulaires d'adhésion à la télédéclaration et au télépaiement et l'autorisation de prélèvement bancaire. Une entreprise nouvellement créée doit l'effectuer avant sa première échéance, pas la veille du dépôt.

  2. 2. Rapprocher les ventes et les achats de la période

    Avant de renseigner le formulaire, le chiffre d'affaires imposable de la période et le détail des achats ouvrant droit à déduction doivent être arrêtés et rapprochés de la comptabilité, taux par taux lorsque plusieurs taux coexistent.

  3. 3. Renseigner la déclaration en ligne

    Le formulaire distingue la TVA collectée par taux, la TVA déductible sur les immobilisations et sur les autres biens et services, et le crédit de TVA reporté de la période précédente le cas échéant, pour aboutir au montant dû ou au nouveau crédit.

  4. 4. Télépayer avant l'échéance

    Le paiement s'effectue par prélèvement sur le compte bancaire déclaré lors de l'adhésion, dans le même délai que le dépôt. Une déclaration validée sans paiement effectif n'éteint pas l'obligation.

  5. 5. Conserver l'accusé de dépôt et le relevé de déductions

    L'accusé électronique et le détail des factures ayant servi au calcul doivent être conservés : ce sont les premiers documents demandés en cas de contrôle ou de demande de justification.

Les pièces à réunir avant de remplir la déclaration

Une déclaration se prépare avant d'être remplie. Ce que nous demandons systématiquement à nos clients avant l'échéance :

  • Le journal des ventes de la période, avec le chiffre d'affaires ventilé par taux de TVA applicable
  • Les factures d'achats et de charges de la période, complètes au sens de l'article 145 du CGI (identité et ICE du fournisseur, taux et montant de la TVA distincts du prix hors taxes)
  • Le détail des immobilisations acquises sur la période, dont la TVA suit des règles de déduction propres
  • Le crédit de TVA reporté de la déclaration précédente, s'il existe, avec son origine
  • Le relevé des encaissements de la période pour les entreprises restées au régime de l'encaissement, la TVA n'étant exigible qu'au paiement effectif du client
  • Les avoirs et factures rectificatives, qui viennent réduire la TVA collectée ou déductible de la période où ils sont émis

Retard, oubli, prescription

Une déclaration déposée en retard ou un montant versé en retard expose à des majorations et intérêts de retard, dont le taux évolue avec chaque loi de finances : nous les détaillons, avec les montants applicables, dans notre article dédié aux pénalités de TVA plutôt que de les fixer ici.

Une déclaration doit être déposée même lorsque la période ne génère aucune TVA due, y compris pour signaler un crédit de TVA ou une absence d'opération : l'absence de déclaration n'est jamais assimilée à une déclaration à néant. L'omission répétée de dépôt, plus que le montant en jeu, est ce qui déclenche le plus souvent une relance de l'administration.

Le droit de l'administration de réparer les omissions ou insuffisances constatées dans les déclarations de TVA se prescrit à l'expiration d'un délai de quatre ans à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au titre de laquelle la taxe est due. Conserver les pièces justificatives (factures, relevés de déductions, accusés de télédéclaration) pendant toute cette période, et non pendant la seule année en cours, évite de se retrouver démuni si un contrôle porte sur un exercice déjà clos depuis longtemps.

Ce qui attire l'attention d'un contrôle

Aucun de ces éléments ne déclenche mécaniquement un contrôle, mais chacun figure parmi les incohérences que l'administration recoupe en priorité entre les déclarations de TVA, la liasse fiscale et les recoupements dont elle dispose par ailleurs.

  • Un chiffre d'affaires déclaré en TVA qui diverge, sur une même période, de celui déclaré au titre de l'impôt sur les sociétés ou de l'impôt sur le revenu
  • Un crédit de TVA récurrent qui ne se résorbe jamais, sans activité d'exportation ou de programme d'investissement qui l'explique
  • Des déclarations à néant répétées alors que l'entreprise poursuit une activité visible (facturation, embauche, dépôts CNSS)
  • Une TVA déductible élevée par rapport à la TVA collectée, sans que la nature de l'activité (investissement lourd, marge faible) le justifie
  • Des retards de dépôt ou de paiement répétés, qui placent l'entreprise sous surveillance avant même l'analyse du fond des déclarations
  • Une demande de remboursement de crédit de TVA, qui s'accompagne systématiquement d'un examen des factures et des justificatifs de paiement à son origine

Questions fréquentes

Comment savoir si mon entreprise doit déclarer la TVA au mois ou au trimestre ?

Le critère fixé par l'article 108 du CGI est le chiffre d'affaires taxable réalisé l'année précédente : à partir d'un million de dirhams, la déclaration mensuelle est obligatoire ; en dessous, c'est le régime trimestriel, sauf option volontaire pour le mensuel demandée avant le 31 janvier.

Une entreprise qui vient d'être créée déclare-t-elle la TVA au mois ou au trimestre ?

Au trimestre, de plein droit, pour l'année civile de son début d'activité, quel que soit le chiffre d'affaires prévisionnel. Son régime pour les années suivantes se détermine ensuite sur le chiffre d'affaires effectivement réalisé.

Peut-on encore déposer une déclaration de TVA papier au Maroc ?

Non. La télédéclaration et le télépaiement via le portail SIMPL de la DGI sont obligatoires pour tous les assujettis à la TVA depuis le 1er janvier 2017, indépendamment de leur taille ou de leur chiffre d'affaires.

Faut-il déposer une déclaration de TVA si le chiffre d'affaires du mois est nul ?

Oui. L'absence d'opération sur la période n'exonère pas du dépôt : la déclaration se fait à néant, mais elle doit être déposée dans le même délai que toute autre déclaration. Ne pas la déposer du tout n'a pas le même effet, aux yeux de l'administration, qu'une déclaration à néant régulièrement transmise.

Pendant combien de temps l'administration peut-elle contrôler une déclaration de TVA ?

Le droit de réparer une omission ou une insuffisance se prescrit quatre ans après le 1er janvier de l'année qui suit celle au titre de laquelle la taxe est due. Les pièces justificatives (factures, relevés de déductions, accusés de dépôt) doivent donc être conservées sur toute cette durée, pas seulement pendant l'exercice en cours.

Sources